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L'Etat français sort de Windows. La Belgique suivra.

Au printemps 2026, la France a franchi un cap. La Direction interministérielle du numérique, la DINUM, a demandé à chaque ministère de présenter un plan de migration de ses postes de travail vers des systèmes libres.

Ce que Paris a décidé

En parallèle, l'État remplace progressivement Teams par ses propres outils de visioconférence et déploie sa suite collaborative, LaSuite, dans ses administrations. L'objectif n'est plus d'expérimenter. Il s'agit de sortir, méthodiquement, de la dépendance aux grands éditeurs américains.

On pourrait y voir un coup politique. Ce serait ignorer quinze ans d'expérience. La Gendarmerie nationale a commencé à migrer ses postes sous Linux en 2008. Aujourd'hui, la quasi-totalité de son parc, soit plus de 100 000 machines, tourne sous GendBuntu, sa propre version d'Ubuntu. Ses responsables décrivent la migration comme un « non-évènement ». Les gendarmes travaillent, et c'est tout.

La nouveauté de 2026, c'est l'échelle et le ton. Ce n'est plus une administration pionnière qui essaie quelque chose. C'est l'État qui fixe un cap.

Pourquoi maintenant : une audition au Sénat

Le déclencheur tient en une audition. Le 10 juin 2025, devant une commission d'enquête du Sénat français, le directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France a été interrogé sur un point simple : Microsoft peut-il garantir que des données hébergées en France ne seront jamais transmises aux autorités américaines ?

Sa réponse, en substance : non, il ne peut pas le garantir.

Audition devant la commission d'enquête du Sénat sur la commande publique, 10 juin 2025.

Ce n'est pas une question de mauvaise volonté. C'est le droit américain. Le Cloud Act de 2018 permet aux autorités américaines d'exiger d'une entreprise américaine les données qu'elle contrôle, où que se trouvent ses serveurs. Un centre de données à Paris, à Dublin ou à Bruxelles n'y change rien.

Cela ne signifie pas que vos fichiers seront lus demain. Cela signifie que la décision ne vous appartient pas entièrement. Pour un État, c'est une question de souveraineté. Pour une organisation qui gère les données de ses membres, de ses bénéficiaires ou de ses clients, c'est une question de responsabilité.

Un mouvement européen, pas une exception française

La France n'est pas seule. Depuis quelques années, les signaux se multiplient en Europe, et ils vont tous dans le même sens.

  1. 2008France

    La Gendarmerie nationale lance GendBuntu. Quinze ans plus tard, la quasi-totalité de ses postes tourne sous Linux.

  2. Avril 2024Allemagne

    Le Land de Schleswig-Holstein annonce la migration des postes de son administration vers Linux et LibreOffice.

  3. Juin 2025France, Danemark

    Microsoft France admet devant le Sénat ne pas pouvoir garantir la protection des données face aux demandes américaines. Le même mois, le ministère danois du Numérique et la ville de Lyon annoncent leur sortie progressive de la suite Microsoft.

  4. Octobre 2025Partout

    Fin du support gratuit de Windows 10. Des millions de PC en parfait état sont déclarés incompatibles avec Windows 11.

  5. Avril 2026France

    La DINUM demande à chaque ministère un plan de migration de ses postes vers des systèmes libres.

Pourquoi la Belgique suivra

La Belgique n'en est pas encore là. À notre connaissance, aucune administration n'y a annoncé la migration de ses postes de travail. Mais le terrain se prépare.

En Wallonie, les arrêtés d'exécution du décret Open Data, adoptés le 8 janvier 2026, obligent les communes, les CPAS, les intercommunales et les autres organismes publics à diffuser leurs informations dans des formats ouverts et à désigner un correspondant Open Data. Des associations comme le Comptoir Open Source accompagnent déjà des administrations et des écoles vers des logiciels libres. Le mouvement est lent et pragmatique, mais il a commencé. Et il y a de bonnes raisons de penser qu'il va s'accélérer.

Le même droit, les mêmes contrats

Le RGPD s'applique de la même manière à Bruxelles et à Paris. Le Cloud Act ne fait aucune différence entre une ASBL liégeoise et un ministère français. Les organisations belges utilisent les mêmes outils, signent les mêmes contrats et sont exposées au même risque. Si l'analyse vaut pour l'État français, elle vaut pour elles.

Le même calendrier matériel

Depuis le 14 octobre 2025, Windows 10 ne reçoit plus de mises à jour gratuites. En Belgique comme ailleurs, des milliers de PC en bon état ont été déclarés incompatibles avec Windows 11. Chaque organisation doit choisir : racheter du matériel, payer un support prolongé, ou changer de système.

La question viendra d'abord des partenaires

En Belgique, le changement viendra sans doute moins d'une décision politique que de ceux qui financent, fédèrent ou achètent. Un pouvoir subsidiant qui s'interroge sur l'hébergement des données des bénéficiaires. Un client public qui l'ajoute à son cahier des charges. Une fédération qui en fait une recommandation à ses membres.

Ce jour-là, les organisations qui auront anticipé choisiront leur calendrier. Les autres le subiront.

Pour une petite structure, le sujet, c'est le poste

Beaucoup de conseils publiés en ce moment s'adressent à des entreprises qui ont une salle serveur, un informaticien et un budget de migration. Une coopérative de huit personnes n'a rien de tout cela.

Son informatique tient en trois éléments : des PC, un abonnement Microsoft 365 ou Google Workspace, et un navigateur dans lequel se passe l'essentiel du travail. La comptabilité est confiée à un comptable externe. Les outils métier sont en ligne.

Sa dépendance se situe donc à deux endroits précis : le système installé sur ses postes, et le compte en ligne où sont stockés ses fichiers. C'est exactement là qu'on peut agir, sans grand projet ni budget démesuré.

Un poste sous Linux, bien configuré, ressemble beaucoup à ce que votre équipe connaît déjà : un menu, un navigateur, une suite bureautique qui ouvre les fichiers Word et Excel. Il fonctionne très bien sur un PC de six ou sept ans. Et il ne dépend du calendrier d'aucun éditeur.

Ce que Linux ne fait pas bien

Il faut le dire clairement, parce que c'est la condition pour qu'une migration réussisse. Certaines organisations ne devraient pas passer à Linux, ou pas tout de suite.

Excel avancé

Les macros complexes, Power Query ou les modèles financiers lourds ne fonctionnent pas de la même manière dans LibreOffice.

La suite Adobe

Photoshop, InDesign et Illustrator n'existent pas sous Linux. Des alternatives libres existent, mais elles demandent un vrai changement d'habitudes.

Les logiciels Windows installés en local

Certains logiciels comptables ou métier ne tournent que sous Windows. Une machine virtuelle peut dépanner, pas tout résoudre.

Certaines stations d'accueil

Les stations DisplayLink, fréquentes pour brancher plusieurs écrans, sont mal prises en charge.

Si votre activité repose sur l'un de ces points, mieux vaut le savoir avant de commencer. C'est précisément à cela que sert un diagnostic préalable.

Trois questions pour savoir si vous êtes concerné

Répondez honnêtement. Si les trois réponses sont oui, votre organisation a probablement tout ce qu'il faut pour passer à un poste libre sans douleur.

1

Vos PC ont-ils moins de huit ans et au moins 8 Go de mémoire ?

2

Votre équipe travaille-t-elle surtout dans le navigateur ?

3

Votre comptabilité est-elle tenue par un prestataire externe ?

Trois oui : votre organisation a le profil idéal.

Un ou deux oui : c'est probablement faisable, un point demande une vérification. Dans tous les cas, un OS Check confirme, machine par machine, ce qui peut être migré, avant tout engagement.

Demander un OS Check
Jérémie Vander Meuter

Fondateur de Nexaris. Depuis Bruxelles, il accompagne les organisations à taille humaine qui veulent reprendre la main sur leurs outils numériques.

Sources
  • DINUM, communiqué du 8 avril 2026
  • Sénat, commission d'enquête sur la commande publique, audition du 10 juin 2025
  • Gendarmerie nationale, bilan du projet GendBuntu
  • Land de Schleswig-Holstein, annonce d'avril 2024
  • Ministère danois du Numérique et Ville de Lyon, annonces de juin 2025
  • Microsoft, fin du support de Windows 10, 14 octobre 2025
  • Gouvernement wallon, arrêtés du 8 janvier 2026 portant exécution du décret du 24 novembre 2022 relatif à la diffusion et à la réutilisation des informations du secteur public, Moniteur belge du 6 février 2026
  • UVCW, « Réglementation relative à la réutilisation des données du secteur public : pourquoi et comment franchir le pas de l'Open Data ? », Mouvement communal, 27 avril 2026
  • Comptoir Open Source, comptoiropensource.org




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